Col Rouge
Col rouge
Catherine Charrier
Le livre de poche
540 pages
9.90 euros
Résumé ~
Savoie, juin 1861. François Claret épouse Berthe et, dès le lendemain, quitte son village d’altitude pour s’installer à Paris et devenir « col rouge », soit commissionnaire de l’hôtel des ventes de Drouot.
Il découvre un lieu époustouflant où les œuvres d’art changent de main et de destin en un éclair, dans une fièvre électrique.
Dans cette grande fresque, Catherine Charrier nous plonge dans l’intimité des commissionnaires de l’hôtel des ventes, ces Savoyards qui pendant cent cinquante ans ont régné sans partage sur des millions d’objets.
Jusqu’à ce jour de 2009 où un tableau de Courbet est mystérieusement découvert au domicile d’un col rouge…
"Etait-ce la peur qui faisait mal ou la douleur qui faisait peur."
Mon avis ~
Col rouge de Catherine Charrier est un roman ambitieux qui déploie une vaste fresque familiale s’étendant sur plus de cent soixante ans, avec pour point d’ancrage un lieu emblématique : l’hôtel des ventes de Drouot. C’est autour de cet espace chargé d’histoire, de transmission et de convoitise que l’autrice construit son récit, en faisant se croiser destins individuels, héritages familiaux et évolutions sociales.
Le cœur du roman réside clairement dans cette dimension générationnelle. On suit une même famille sur plusieurs époques, chacune marquée par son contexte historique, ses codes et ses fractures. Les personnages ne sont pas figés : ils s’inscrivent dans une continuité, héritant parfois de choix passés, de silences ou de secrets, et tentant à leur tour de composer avec ce poids familial. Cette construction donne au récit une véritable profondeur, presque romanesque au sens classique du terme, rappelant les grandes sagas où l’intime se mêle à l’Histoire avec un grand H.
L’hôtel Drouot agit comme un fil rouge particulièrement pertinent. Plus qu’un simple décor, il devient un symbole de transmission, de valeur — matérielle comme symbolique — et de regard porté sur le passé. Les objets qui y transitent racontent eux aussi des histoires, font écho aux trajectoires des personnages et renforcent cette impression de strates successives, de vies qui s’empilent les unes sur les autres. Ce choix narratif apporte une vraie richesse au roman et participe grandement à son identité.
Cependant, cette ambition a aussi ses limites. Le roman est dense, parfois long, et demande un réel investissement de la part du lecteur. La multiplication des époques, des personnages et des enjeux peut donner une impression de lenteur, voire de lourdeur à certains moments. L’écriture, par ailleurs, est assez travaillée, parfois guindée, avec une complexité syntaxique qui peut freiner la fluidité de la lecture. Cela ne remet pas en cause la qualité du style, mais peut rendre l’ensemble moins accessible, notamment pour ceux qui recherchent une lecture plus instinctive ou rythmée.
Malgré ces réserves, Col rouge reste une œuvre solide et soigneusement construite. Catherine Charrier maîtrise l’art de la fresque familiale et parvient à donner une cohérence à cet ensemble étendu, ce qui n’est pas chose aisée. Si la longueur et l’écriture peuvent en rebuter certains, elles servent aussi l’ampleur du projet et la profondeur du propos.
C’est donc une lecture exigeante, mais gratifiante, qui plaira particulièrement aux amateurs de sagas familiales, de romans ancrés dans la durée et de récits où les lieux ont une véritable âme. Un roman qui se savoure sur le temps long, à l’image de l’histoire qu’il raconte.
"J'ai l'impression que les gens qui se sont aimés deviennent parfois parallèles, comme les vrais jumeaux. Que les esprits cheminent dans le même sens, au même rythme. Et qu'un dieu facétieux les rapproche de temps à autre pour se convaincre de la puissance de sa main."
⭐⭐⭐⭐
/Livre reçu dans le cadre du Prix des Lecteurs U 2026/
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